Poème : Poings

Poème : Poings

Un poing
Deux poings
Trois poings

Sur la gueule
Dans le ventre
Dans la mémoire

Lâche, mords, fais le mort

Une dent
Une main
Un bras

En moins

Et un État fort

Fais le mort

Tourne, saute, lis, pense,

Avec un poing dans ton ventre

Grimpe, produis, sous-traite,

Avec un flingue

Sur la tempe

Sous-produis, sous-sous-traite, sois rentable

Et ferme ta bouche pour le peuple

Solidaire mais pas trop
Convaincu mais pas trop
Forte personnalité
Mais pas trop

Et n’oublie pas

De prendre ton poing dans la gueule

Un jour le ciel t’avalera et te recrachera comme un tas de merde, il faudra que tu mettes les mains dedans et que tu te construises une vie avec, il faudra trier, mâcher, retrier, remâcher, il faudra faire avec ce qu’on t’a donné même si toi tu n’avais rien demandé jusqu’alors tu devras prendre tes jambes à ton cou et ton courage à deux mains parce qu’ils voudront que tu ne sois qu’un chiffre ou bien un bilan il faudra recommencer tout ce que tu as appris recommencer encore sans lever un sourcil et tâcher de trouver ta place au milieu des ordures tu pourras chanter mais toujours faux parce que le monde n’est pas et depuis longtemps enfin il n’est plus depuis longtemps aussi ce que je veux dire au diapason je veux dire tu te sentiras à côté de tes pompes et ce sera voulu et même tes comprimés de vitamines n’y feront rien tu seras le produit du sous-produit du sous-traitant du sous-idiot qui se tient pourtant tout en haut et qui aboie des ordres il faudra te lever pour que l’on te tire une balle dans la tête et tu ne sauras même plus pourquoi tu t’es levé en premier lieu mais tu auras un trou dans la tête pour le reste de l’existence et si ça c’est pas du grand art alors qu’est-ce que c’est ? Dans les champs bleuis dansent des petites mains, elles tournent et puis s’en vont tournent font des petits tours et puis s’en vont et elles ne reviennent que quand les enfants, tous les enfants dorment assez profondément pour ranger la maison et remettre les choses à leur place.

Un poing
Deux poings
Trois poings

Tout va bien
Le monde brûle
Tout est beau

Regarde la vie
La vie est belle
Mais tout le monde crève
Mais la vie est belle
Ne l’oublie pas

Prends ta pitance
Et admire
Admire
Les grands hommes
Les grands noms
Les grands de ce monde
Admire sans fin
Ceux qui te foutent les boules
Admire-les encore
Quand ils ordonnent les massacres
À l’autre bout du monde
Admire-les encore
Quand ils violent et volent
Tout ce qu’ils peuvent prendre

Admire-les
Ou vomis-les

Dans tous les cas
Tu devrais t’acheter des gants
Et peut-être un pistolet

M.D.K.

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